© 2014 Nicolas Noverraz - Photos Patrice Moulet & Yann Haeberlin.
 

Art Pollution

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Le tissu urbain est le reflet des gens qui y vivent, je me propose donc de le mettre en valeur.

Mon but est de conduire le spectateur à prendre position par rapport à une conception courante du beau.  L’opposition entre l’extrême soin technique que je m’efforce d’apporter à mes réalisations et l’apriori laideur ou inconsidération sociale de mon sujet amène le spectateur à avoir une réflexion critique. Ainsi il peut s’extraire des codes et standards communs que la société nous impose sur la perception du beau.

L’Art Pollution consiste à fixer de façon permanente sur la toile, la pollution produite par notre activité humaine, gaz d’échappement, résidus d’huile de moteur de nos véhicules, déchets que nous pouvons laisser sur la chaussée, ainsi que ceux organiques et aléatoires, comme la pluie, les intempéries, et toute avarie dont nous n’avons pas la maîtrise.

Le dispositif :

Les toiles sont revêtues avec des peintures de sol, puis les marquages se font avec de l’enduit routier à l’aide des mêmes chablons qui servent à marquer nos routes. Les mêmes chablons, la même échelle, les mêmes enduits par les mêmes ouvriers qui font des toiles des reflets de morceaux du bitume que nous foulons au quotidien.

Une fois prêtes, elles seront laissées quelques jours, quelques semaines voire quelques mois sur la chaussée. Ainsi elles sont exposées aux agressions extérieures des véhicules, telles que celles produites par des hydrocarbures, des fuites d’huile, mais également toutes sortes de souillures que nous laissons malgré nous sur le bitume. Cela peut aller du contenu d’une bouteille qui se renverse aux dessins à la craie faits par des enfants. Au fil du temps, ces agressions laissent leurs empreintes sur les toiles. Ainsi elles absorberont les mêmes rejets que le macadam de nos villes. Cette construction devient destruction au fil du temps (craquelage de l’enduit ou effacement partiel de la peinture voire déchirures de la toile).

Elles peuvent également être apposées dans des lieux spécifiques aux véhicules motorisés, tel un garage ou une station service.

Ces empreintes sont les témoins des rejets quotidiens sur les sols de nos routes. Ainsi la pollution quotidienne, révélée par cette démarche devient art.